05 · Faire évoluer

05.04 · Faire évoluer

Bâtir une feuille de route SI

Une feuille de route SI utile arbitre. Celles qui se contentent d’aligner les chantiers déjà en cours ne valent pas le temps qu’elles ont coûté à produire.

Par L’équipe Kabeen·11 min de lecture·Mis à jour le 15 mai 2026

Ce qu’une feuille de route SI n’est pas

Trois objets se font régulièrement passer pour des feuilles de route SI sans en être. Identifier ces faux-amis évite des semaines de travail pour un livrable qui ne servira à personne.

Ce n’est pas un schéma directeur. Le schéma directeur décrit l’architecture cible à cinq ou sept ans. Trop long en horizon, trop conceptuel pour arbitrer une décision de l’année.

Ce n’est pas un planning projets. Un planning est la conséquence d’une feuille de route, pas la feuille elle-même. Si vous démarrez par un Gantt, vous documentez ce qui est déjà décidé au lieu de décider.

Ce n’est pas un PowerPoint de présentation. Un document de communication peut s’appuyer sur une feuille de route, mais ne la remplace pas. La feuille opère un arbitrage — la slide en rend compte.

Cinq étapes pour la construire

01

Cadrer les objectifs

3 à 5 objectifs métier, validés en COMEX. Si la DSI fixe seule ses objectifs, la feuille n'est pas alignée.

02

Auditer l’existant

Inventaire, dette, dépendances, capacités plateforme. Sans cet état des lieux, l’arbitrage est aveugle.

03

Identifier les leviers

Liste exhaustive des chantiers candidats. À ce stade, ne pas filtrer — l'arbitrage vient ensuite.

04

Arbitrer

Croiser chaque levier avec les objectifs. 30 % gardés, 70 % écartés ou différés. C’est l’étape qui crée la valeur.

05

Séquencer

Découper en trois fenêtres de 6 mois. Identifier dépendances et chemin critique. C'est seulement ici qu'on parle de Gantt.

Fig. 20.1Méthode en cinq étapes pour une feuille de route SI à dix-huit mois.

Pourquoi 18 mois, pas 36

Le réflexe naturel d’une DSI est de produire une feuille à trois ans. Cet horizon présente deux défauts opposés. Trop court pour les objets vraiment structurants (refonte ERP, transformation organisationnelle) qui demandent 4 à 6 ans. Trop long pour le détail opérationnel — au-delà de dix-huit mois, on ne sait plus précisément ce qu’on fera ni dans quel ordre.

L’horizon dix-huit mois capture le bon niveau de détail. Il couvre trois semestres distincts — durée pendant laquelle la DSI peut s’engager avec un minimum de fiabilité — et il oblige à arbitrer. Sur trois ans, on peut s’autoriser à "tout faire un peu". Sur dix-huit mois, le calendrier impose la priorité.

18 mois
Horizon recommandé pour une feuille de route SI opérationnelle.
Pratique Kabeen
3 × 6 mois
Découpage en trois fenêtres semestrielles, chacune avec ses livrables identifiés.
Pratique Kabeen
30 %
Part des leviers candidats retenue après arbitrage. Une feuille qui en retient 70 % n’a pas arbitré.
Heuristique

Le critère d’arbitrage qui simplifie tout

L’étape d’arbitrage est celle qui bloque la majorité des démarches de feuille de route. Tout semble important. Tout sponsor défend son chantier. Un critère unique débloque presque toujours l’impasse : pour chaque levier, quel est l’objectif métier auquel il contribue de la façon la plus directe ? Pas "il y contribue indirectement", pas "il pourrait y contribuer". Directement.

Un levier qui ne contribue directement à aucun des trois à cinq objectifs cadrés sort de la feuille. Pas "plus tard", pas "à voir" — sort. Cette discipline est psychologiquement difficile mais opérationnellement libératrice. Une feuille de route qui ne dit pas non n’arbitre pas.

La feuille tient sur une page

Le dernier test : si votre feuille de route SI ne tient pas sur une page (lisible, pas avec une police 6), elle n’est pas finie. Une page parce que c’est la limite cognitive d’un COMEX, parce que c’est ce qui rend la révision trimestrielle possible, et parce que tout ce qui dépasse la page est du détail qui appartient à une autre couche de document. Cette discipline est plus exigeante qu’elle n’en a l’air — elle force à hiérarchiser réellement.

Une feuille de route bien tenue accompagne tout l’IT Playbook. Elle traduit ce qu’on a vu en Cartographier, décidé en Piloter, cadré en Gouverner et protégé en Sécuriser. C’est le document qui rend l’ensemble exécutable, et le seul qui mérite d’être présenté au COMEX deux fois par an.

Ce qu’il faut retenir

  • Une feuille de route SI arbitre. Si elle ne dit pas non à certains chantiers, elle ne sert à rien.
  • L’horizon utile est dix-huit mois — trois fenêtres semestrielles. Au-delà, on perd la précision opérationnelle. En deçà, on perd la dimension stratégique.
  • Une page maximum. C’est la contrainte qui force la hiérarchisation et qui rend la révision trimestrielle possible.