01.03 · Cartographier
Cartographier les dépendances
Ce sont presque toujours les liens qu’on n’a pas vus — pas les applications elles-mêmes — qui font tomber les migrations, les renégociations et les plans de reprise.
Le SI est un graphe, pas une liste
Tant qu’on raisonne en liste d’applications, la cartographie reste bidimensionnelle et trompeuse. La réalité d’un SI moderne, c’est un graphe : des centaines de nœuds reliés par des intégrations, des flux de données, des dépendances contractuelles et des chaînes métier. Et ce sont presque toujours les arêtes du graphe — pas les nœuds — qui font tomber un projet.
Quatre familles, deux axes de visibilité
Toutes les dépendances ne se traitent pas de la même manière. Les classer selon deux axes — visibilité technique (peut-on les détecter dans des logs ?) et impact opérationnel (que casse leur rupture ?) — donne immédiatement les priorités.
Le quadrant à surveiller en priorité est celui des dépendances métier : invisibles techniquement, fortes en impact. C’est là que se logent les ruptures les plus coûteuses, et c’est la seule famille qu’on ne peut pas découvrir en regardant les logs.
La méthode des deux mouvements
Aucune approche descendante ou ascendante seule ne capture le graphe complet. Une cartographie fiable se construit en croisant deux mouvements de sens opposé.
Le mouvement descendant part des processus métier critiques — clôture comptable, embauche, paie, livraison, service client — et remonte chaque application impliquée à chaque étape. Cette approche capture les dépendances métier et révèle les chaînes de criticité. Elle demande du temps d’interview, pas de l’outillage.
Le mouvement ascendant instrumente le SSO, les passerelles d’API et les logs réseau pour reconstituer le graphe des appels techniques effectifs. Cette approche capture les dépendances techniques réelles, y compris celles qui ne figurent dans aucune documentation. Elle demande de l’outillage, pas du temps d’interview.
L’intersection des deux donne la carte exploitable. Et — c’est la découverte la plus précieuse — là où elles divergent, vous tenez un risque : soit un processus mal documenté qui repose sur des intégrations non maîtrisées, soit une intégration héritée que plus aucun processus ne justifie.
Ce qu’il faut retenir
- Ce sont les arêtes du graphe, pas les nœuds, qui font tomber les projets de migration et de rationalisation.
- Quatre familles à tracer : techniques, données, métier, contractuelles. Le quadrant prioritaire est celui des dépendances métier — invisibles techniquement, fortes en impact.
- Croisez descendant (par les processus) et ascendant (par les logs). Là où ils divergent se cache toujours un risque ou une dette.